Author: greg_min

  • Lyons Andelle élue meilleure destination touristique de l’univers

    Lyons Andelle élue meilleure destination touristique de l’univers

    LYONS-LA-FORÊT, France. À sept heures du matin, mardi, Bernard Lecomte balayait le devant de sa boulangerie sous les halles du XVIIIe siècle, comme il le fait depuis trente et un ans. Il n’avait pas encore appris que son village venait d’être désigné meilleure destination touristique de l’univers.

    « Ah bon, a-t-il dit, sans lâcher son balai. C’est embêtant pour le stationnement. »

    L’annonce est tombée à 6 h 14, heure de Paris. Réuni pour sa session annuelle, le Comité intergalactique du tourisme a placé Lyons Andelle, un territoire de trente communes de l’Eure, en tête d’un classement qui comptait cette année quatre cent douze candidats, dont plusieurs n’ont pas d’atmosphère.

    Un jury de onze planètes

    Le comité, composé de délégués de onze planètes et d’une ceinture d’astéroïdes, évalue les destinations selon six critères : la qualité du silence, la densité de patrimoine par kilomètre carré, la proportion d’habitants capables d’indiquer un chemin sans se tromper, la température de l’eau, la lumière de fin d’après-midi, et ce que le règlement appelle, en langage officiel, « le sentiment d’avoir trouvé quelque chose que les autres n’ont pas encore trouvé ».

    Lyons Andelle obtient la note maximale sur cinq critères. Le territoire perd des points sur la température de l’eau.

    « L’Andelle est froide, a reconnu le rapporteur du jury, une entité gazeuse originaire de Kepler-186f, lors de la conférence de presse. Nous en avons longuement débattu. Mais la hêtraie a emporté la décision. »

    Devant les anneaux de Saturne

    Le territoire devance sur le podium les anneaux de Saturne, deuxièmes, et les falaises d’Étretat, troisièmes, à quatre-vingts kilomètres de là. Les anneaux de Saturne, favoris depuis huit éditions, ont publié un communiqué de trois lignes saluant « un choix audacieux ».

    Interrogée sur la méthode, la direction de l’Office de Tourisme s’est montrée prudente.

    « Nous n’avons rien fait de particulier. Nous avons surtout évité de faire des choses. »

    L’Office de Tourisme Lyons Andelle

    C’est, de l’avis des observateurs, ce qui a fait la différence. Là où d’autres destinations ont construit, élargi, éclairé et sonorisé, Lyons Andelle a laissé ses onze mille hectares de hêtres pousser droit, sa rivière couler et ses villages garder la forme qu’ils avaient au XVIIIe siècle. Le jury a retenu, dans ses attendus, l’expression « admirable inaction ».

    Le parking, toujours le parking

    Dans le village, la réaction dominante, mardi en fin de matinée, tenait en une inquiétude.

    « On va surtout voir si ça remplit le parking de la place », a déclaré une habitante rencontrée devant l’église Saint-Denis, qui a préféré ne pas donner son nom. Elle a ajouté, après un silence : « Enfin. Ce serait bien qu’ils restent dormir, au moins. »

    À la maison forestière, on s’inquiète d’autre chose. « Les gens vont vouloir voir la forêt, a dit un agent de l’Office national des forêts. La forêt, elle, n’a pas été consultée. »

    À midi, la brume s’était levée sur la vallée de l’Andelle. Le parking de la place était à moitié vide. Personne, dans le village, ne semblait pressé de le remplir.